Les relations toxiques dans la fiction : comment bien les écrire

Avec l’émergence de la dark romance et une longue histoire de comportements problématiques dans les relations entre personnages dans la fiction, il peut être difficile de savoir comment écrire des relations amoureuses saines sans paraître prêcher et bienpensant. Tout comme il peut sembler impossible d’écrire des relations toxiques sans donner l’impression de les mettre en avant.

Crois-moi, dans le projet de roman sur lequel je travaille actuellement, j’ai rencontré beaucoup de difficultés avec ce sujet. Il s’agit d’une réécriture fantastique de Jane Eyre, il y a donc de la romance, un love-interest un peu sombre et pas forcément très agréable, avec un trope à la Belle et la Bête (genre mesdames, si vous êtes gentilles et bienveillantes, monsieur deviendra un prince charmant… on sait que dans la vraie vie, ce genre de croyances peut mettre beaucoup de femmes en danger).

Alors, comment faire pour écrire ce genre de relations sans tomber dans la caricature ? Voici mon avis tiré de l’expérience :


1. Représenter la toxicité… sans la romantiser

Tu peux écrire une relation toxique. Tu peux même en faire un arc central de ton histoire. Mais il faut que le texte sache que c’est toxique.

Ce que je veux dire par là, c’est que ce n’est pas le comportement en soi qui pose problème, c’est le regard que l’on pose dessus.

Si ton histoire glorifie la jalousie comme une preuve d’amour, ou présente le contrôle comme du souci protecteur, sans jamais nuancer ni montrer les conséquences de ces actes, là, tu cautionnes.

Mais si tu mets en scène un personnage jaloux, possessif, menteur, tout en montrant que c’est destructeur, douloureux, et que cela a un coût émotionnel ou physique pour l’autre personnage, alors tu crées de la tension, de la complexité, sans glorifier.

Ce n’est pas la toxicité le problème, c’est le silence autour d’elle.


2. Donne une évolution claire à tes personnages

L’intérêt d’écrire une relation difficile, c’est qu’elle permette à tes personnages de grandir. Pas qu’elle les réduise.

Le personnage toxique peut évoluer, mais il faut que cela soit écrit avec lucidité : **pas parce qu’on l’a aimé, mais parce qu’il a fait un travail sur lui-même**.

Et on sait que c’est souvent impossible dans les relations réelles. Personnellement j’envisage de mettre un avertissement au début de mon roman pour rappeler qu’il s’agit de fiction et que romantiser ce genre de relations peut avoir un impact douloureux dans la vie des femmes qui y croient. J’y ajouterai un numéro de téléphone pour les victimes de violences conjugales. Ca enlève un peu de romantisme à l’ensemble mais pour moi c’est aussi ça, être une auteure éthique et responsable. 

Il ne s’agit pas de culpabiliser les femmes qui apprécient ce genre de relations dans la fiction, mais de traiter la chose pour ce qu’elle est : une histoire, et d’outiller les personnes qui souffrent de telles relations pour les protéger.

Inversement, le personnage victime peut apprendre à poser des limites, à dire non, à partir. Ou à rester, mais en ayant conscience de ses choix et de leurs conséquences.

Le pire piège : un « happy end » qui efface tout sans résolution réelle.


3. Donne une voix à la nuance (via un personnage, une narration, un symbole…)

Tu peux utiliser un personnage secondaire, une narration externe, une métaphore récurrente (une maison qui pourrit, une mer qui sépare…) pour questionner la relation.

Ton lecteur n’a pas besoin qu’on lui dise quoi penser, mais il doit avoir les clés pour ne pas idolâtrer une dynamique dangereuse.

Dans mon roman, par exemple, j’ai choisi de faire passer ces signaux par des silences pesants, des sensations de malaise, des rêves récurrents de l’héroïne où la maison s’effondre autour d’elle.

Cela permet de suggérer : ce n’est pas normal, même si elle fait comme si.


4. Ne prêche pas, mais ne floute pas

Le but n’est pas de moraliser, ni d’écrire une thérapie déguisée. Mais si tu choisis de traiter d’une relation complexe, tu dois l’assumer jusqu’au bout.

Ne laisse pas les zones d’ombre sans intention.

Tu veux montrer une dépendance affective, un amour obsessionnel ? Fais-le. Mais montre-en aussi le coût. Les doutes. La solitude. La peur.

Les relations fortes dans les récits ne sont pas celles qui imitent le rêve, mais celles qui déroulent le vrai.


5. Sois honnête avec toi-même

Enfin, et c’est sans doute le plus important : sois au clair avec ce que tu veux dire.

Ce n’est pas grave d’écrire une histoire de manipulation, de pouvoir, de désir. Mais sache pourquoi tu le fais.

Est-ce une critique ? Un miroir ? Une fascination ?

Ta posture d’auteur est ce qui va te permettre de ne pas être complice de ce que tu racontes.

Pose-toi ces questions :

  • Qu’est-ce que je veux que le lecteur ressente ?
  • Qu’est-ce que je veux qu’il comprenne ?
  • Est-ce que j’idéalise ce que je suis en train de décrire, ou est-ce que je le regarde en face ?

En conclusion

Tu peux tout écrire. Y compris les histoires sombres. Y compris les amours destructeurs.

Mais tu ne peux pas faire semblant.

Sois honnête, conscient, clair. Donne des signes. Et n’aie pas peur d’explorer la complexité des liens humains. C’est là qu’on trouve la littérature, la vraie.

Et si tu veux en savoir plus sur mon processus créatif, n’hésite pas à t’abonner à ma newsletter, où je fournis des ressources gratuites pour les écrivains en herbe !


En savoir plus sur L'Atelier de Sihaya

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Laisser un commentaire